Les Celtes constituent une civilisation protohistorique de peuples Indo-européens migrants à travers toute l’Europe et vers l’Asie. L’expansion celte en Europe s'est faite à partir de la Bohême. La culture celte a connu son apogée entre les VIIIe et IIIe siècle av. J.-C. Les Celtes possèdent une culture riche qui sut s’épanouir pendant les Âges du fer et développer un art tendant à l'abstraction dont la valeur est aujourd'hui reconnue. La culture celte survécut jusqu'au Moyen Âge en Irlande, avant de disparaître avec l'évangélisation de l'île par saint Patrick au Ve siècle.
Ne connaissant pas d'unité politique, les Celtes formaient une myriade de peuples possédant des lois, des coutumes et des rites différents, mais partageaient une même structure sociale et une religion commune. On les connait essentiellement à travers les textes antiques grecs et romains (en particulier grâce à César) et les textes médiévaux des clercs gallois et irlandais qui nous ont transmis une abondante littérature, traitant des mythologies celtiques, des vertus royales et des faits héroïques.
C'est probablement leur incapacité à s'unir et à fonder des entités politiques plus vastes que la cité ou la confédération de peuples qui les a perdus : il semble qu'à l'instar des Grecs archaïques, les Celtes aient eu horreur du centralisme et n'aient connu que des alliances temporaires, fondées sur le clientélisme (voir l'article « Gaulois »).
L'histoire des Celtes est marquée par une succession de conquêtes et de migrations (jusqu'au IIe siècle av. J.-C.) qui les menèrent jusqu'en Asie mineure.
La civilisation celtique disparait par acculturation après les conquêtes romaines, hormis dans les îles britanniques et particulièrement en Écosse et en Irlande.
Si les Celtes connaissaient l’écriture et l’ont parfois utilisée, ils ont privilégié l’oralité pour la transmission du Savoir, quel qu’en soit le domaine, de sorte qu’il faut étudier le domaine celtique à partir de sources externes ou tardives. La construction de sanctuaires à usage religieux est un fait très tardif dans le domaine celtique puisqu’ils n’apparaissent qu’au IIIe siècle av. J.-C.. Aux époques précédentes, le culte régi par la classe sacerdotale des druides, se faisait dans des espaces sacrés en pleine nature (nemeton en langue gauloise signifie « sacré », nemed en gaélique), comme les clairières, la proximité des sources. Lucain, dans la ‘’Pharsale’’ (III, 399-426), nous donne la description d’un de ces lieux avec un endroit strictement interdit, réservé aux dieux. Le site de Burkovák (Bohême) recèle de très nombreux objets à caractère votif, mais est exempt de toute construction. Il est possible aussi que des ensembles mégalithiques, tels Carnac (département du Morbihan en Bretagne) ou Stonehenge (comté du Wiltshire, Angleterre) aient pu être réutilisés par les druides dans un but cultuel. La construction de palissades autour d'enclos et de bâtiments intervient à une époque où la civilisation celtique entame son déclin. Le plus célèbre de ces sites est celui Gournay-sur-Aronde.
Les principales sources sur la religion des anciens Celtes sont tout d'abord les textes de leurs contemporains grecs et latins, notamment Diodore de Sicile (Histoires), Strabon (Géographie), Pomponius Mela (De Chorographia), Lucain (La Pharsale), Pline l'Ancien (Histoire naturelle), et surtout Jules César avec La Guerre des Gaules. Ensuite, il existe tout un ensemble de textes irlandais, écrits du VIIIe au XVe siècle, qui retranscrivent les mythes et épopées de l'Irlande transmis oralement de générations en générations, et qui constituent la Mythologie celtique.
Ces textes, rédigés dans un contexte chrétien, complètent ceux des Anciens ; on retiendra : le Cath Maighe Tuireadh (Bataille de Mag Tured), le Tochmarc Etaine (Courtise d’Etain), le Táin Bó Cúailnge (Razzia des Vaches de Cooley), le Lebor Gabala (Livre des Conquêtes) et les Mabinogion gallois.
D'une manière générale, l'absence relative de témoignages de première main dont nous disposons sur la religion des anciens Celtes a donné lieu à un ensemble d'interprétations plus ou moins fantasques. En réalité, la connaissance que nous en avons s'appuie sur cet ensemble de sources extérieures, dont le propos peut être limité à des considérations politiques (César), ou encore de présenter des « barbares », au sens moderne du terme (Lucain). Enfin, il faut mettre en relation ce que nous savons des anciens Celtes et les sources irlandaises tardives avec la plus grande circonspection : ces dernières, en effet, présentent comme toute mythologie des influences non-celtes : indigènes, qui seraient plus anciennes et propre au contexte géographique, chrétiennes, etc. Et encore, ces sources témoignent d'une réalité éloignée de cinq à dix siècles par rapport à celle des Celtes contemporains de la conquête romaine.
Obéissant fondamentalement au schéma général de la tripartition des sociétés indo-européennes, la société celtique paraît avoir été structurée en trois classes : la classe sacerdotale qui possède le Savoir, gère le Religieux et fait la Loi, la classe guerrière qui gère les affaires militaires sous le commandement du roi et la classe des producteurs (artisans, agriculteurs, éleveurs, etc.) qui doit subvenir aux besoins de l’ensemble de la société et en priorité à ceux des deux autres classes (César parle des druides, des equites (chevaliers) et de la plèbe).
À l'époque précédant la conquête romaine de la Gaule, et, semble-t-il, par la suite dans les îles, la caractéristique majeure de la pratique religieuse des anciens Celtes est le druidisme. Le mot druide qui est spécifiquement celtique provient de « dru-wid-es » qui signifie « très savants ».
L'existence du clergé druidique est attestée chez plusieurs auteurs antiques, pour différentes époques et en différents lieux du monde celtique. Ainsi, dans la tradition irlandaise, le druidisme apparaît comme une création des Partholoniens, arrivés en Irlande 312 ans après le déluge. Ou encore, en Gaule, les druides paraissent avoir joué un rôle clef dans l'insurrection de -52 et, par la suite, dans les révoltes gauloises du premier siècle : celle des equites, menée par l'Éduen Julius Sacrovir en 21 après J.-C. et rapportée par Tacite dans ses Histoires, aurait conduit au déclenchement des hostilités de Rome à l'égard des druides gaulois.
Le « clergé » druidique avait en charge la célébration des cérémonies sacrées et des rites cultuels : lui seul avait le droit de pratiquer les sacrifices, parfois humains, mais plus généralement d'animaux ou symboliques (comme l'attestent les ex-voto en bois inventés aux sources de la Seine). C'est d'ailleurs la pratique des sacrifices humains qui servit de prétexte à l'interdiction des druides sous l'Empereur Tibère (ou Claude pour certains historiens).
Les autres prérogatives des druides comprenaient logiquement l’enseignement, la diplomatie, l’histoire, la généalogie, la toponymie, la magie, la médecine et la divination. Le druide, grâce à son savoir (dont l'acquisition pouvait nécessiter vingt ans d’études, selon César) et grâce à sa maîtrise des pratiques magiques, était un intermédiaire entre les dieux et les hommes.
Le druide avait aussi un rôle de conseiller politique auprès du roi avec lequel il a pu former un binôme dans lequel le roi exerçait la souveraineté sous l’inspiration du druide. Le druide Diviciacos, contemporain de Cicéron et directement à l'origine de la conquête romaine de la Gaule, apparaît notamment comme le chef politique des Éduens.
À tous égards, le druide était le personnage prédominant de la société celtique, à la fois ministre du culte, philosophe, gardien du Savoir et de la Sagesse, historien, juriste et aussi conseiller militaire du roi et de la classe guerrière. Il est également possible que toute la vie des Celtes ait été sous le contrôle des druides à certaines périodes.
Aussi, on peut penser que les druides ont joué un rôle fondateur pour l'ensemble de la civilisation celtique et pour le règlement de l’ensemble de la société celte.
Sans entrer dans les spécifications de la classe sacerdotale, trois types de « professions » à caractère religieux sont connus dans le monde celte :
En Gaule, l'existence d'une hiérarchie druidique est également presque certaine si l'on se réfère aux témoignages latins qui portent sur l'existence d'une assemblée annuelle des druides (sur le territoire des Carnutes, près de Chartres) et sur l'existence d'un Gutuater, sorte de chef des druides, qui aurait participé activement à la politique des Gaules. Le druidisme aurait ainsi pu servir de trait d'union entre les peuples celtes.
Le calendrier de Coligny
Selon les sources irlandaises, l’année celtique était rythmée par quatre grandes fêtes religieuses au caractère obligatoire, dont deux majeures : Samain au 31 octobre ou 1er novembre (selon notre calendrier) et Beltaine au 30 avril ou 1er mai, et deux de moindre importance : Imbolc le 1er ou le 2 février et Lugnasad le 1er août.
La source majeure qui nous renseigne sur le calendrier celtique est le calendrier de Coligny, qui date de l'époque gallo-romaine.
Un des points les plus délicats à aborder, en l'absence de sources de première main, est la spiritualité des Celtes.
Ceux-ci devaient disposer d'un panthéon au moins aussi développé que celui des Grecs et des Romains (près de quatre cents figures de divinités celtiques sont recensées), mais rien n'indique que ce panthéon ait été homogène sur l'ensemble du domaine celtique, ni qu'il ait possédé une structure unique. Cependant, les principaux dieux gaulois décrits par César se retrouvent, sous leurs noms propres, dans les textes mythologiques irlandais du Moyen Âge, avec les mêmes fonctions.
Les auteurs latins et grecs citent quelques divinités gauloises, sans énoncer les motifs qui dictent leur sélection : Épona, Taranis, Esus et Lug sont ainsi connus.
La toponymie nous livre encore quelques indices sur les croyances des anciens Celtes. Ainsi, on pense que Lug était révéré dans des lieux d'altitude. Le toponyme Lugdunum (forteresse ou montagne de Lug) est directement à l'origine du nom de la ville de Lyon.
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La place des divinités celtes dans l'art pose problème. On a longtemps considéré comme témoignage archéologique majeur sur les dieux des Celtes le chaudron de Gundestrup, découvert dans une tourbière au Danemark. Mais celui-ci, qui représente un certain nombre de divinités et évoque plusieurs mythes communs à la plupart des peuples anciens en Europe, n'est pas exempt d'influences extérieures. En tous cas, il représente un dieu cornu qui peut être associé au dieu celte à tête de cerf, Cernunnos et une divinité à la roue solaire en laquelle on peut voir une représentation de Taranis.
En statuaire, on a plusieurs fois vu représentées des figures de divinités bicéphales ou tricéphales, qui ont été associées à un Hermès. Il est en tout cas probable que le rythme ternaire ait possédé une dimension religieuse pour les anciens Celtes. Des statues de « guerriers assis », inventées dans le midi de la Gaule (Entremont, Roquepertuse), font objet de débat : il est difficile de savoir si celles-ci représentaient des dieux, des guerriers divinisés ou des héros tutélaires.
Le même problème d'interprétation se pose pour certains bustes de la « Gaule chevelue » dont la forme fait penser au haut d'un mât totémique, telle celle en laiton découverte à Bouray-sur-Juine, dans l'Essonne, qui représente un personnage avec torque et pattes de cervidé stylisées, ou encore celle conservée au musée de Saint Germain-en-Laye, en calcaire représentant un personnage avec torque et sanglier.
De même, le sens exact de certains noms associés à des divinités est plus difficile à cerner : Teutatès (qui a inspiré le célèbre Toutatis d'Astérix) pourrait ne pas désigner un dieu particulier, mais le dieu tutélaire, protecteur d'un peuple, chaque peuple celte ayant possédé ses propres divinités, certaines remontant à la préhistoire pré celtique.
L’immortalité de l’âme était une des croyances des anciens Celtes, ce qui explique peut-être les témoignages sur leur vaillance et leur intrépidité au combat, puisque la peur de la mort était absente. En revanche, la notion de la réincarnation doit être écartée de leur religion, cette suggestion étant due à des lectures erronées.
Les Celtes croyaient également en un au-delà. Dans la tradition irlandaise transmise à l'époque chrétienne, le Sidh désigne l'Autre Monde celtique, il se situe à l’ouest, au-delà de l’horizon de la mer, dans des îles magnifiques ; sous la mer, dans les lacs et les rivières où se situent de somptueux palais de cristal aux entrées mystérieuses ; sous les collines et les tertres. C’est le séjour des Tuatha Dé Danann.
Dans le domaine des rites, les sacrifices humains, le culte des têtes coupées, ou encore l'utilisation abondante du sang dans les lieux de culte sont les traits qui ont frappé l'imaginaire des auteurs antiques. L'un d'entre eux, Pausanias, accuse même les Celtes d'anthropophagie. Jules César, très sensible au sujet, écrit quant à lui :
« Ils [les Celtes] se servent pour ces sacrifices humains du ministère des druides ; ils pensent, en effet, que c'est seulement en rachetant la vie d'un homme par la vie d'un autre homme que la puissance des dieux immortels peut être apaisée. Ils possèdent des sacrifices de ce genre qui sont une institution publique. Certains ont des mannequins de très grande taille, dont ils remplissent d'hommes vivants la carapace tressée d'osiers, on y met le feu, et les hommes périssent enveloppés par la flamme. »
Dans les faits, divers témoignages archéologiques corroborent l'existence de pratiques violentes, sans que l'étendue exacte de celles-ci soit connue : culte des têtes à Entremont (Bouches-du-Rhône), réminiscence dans le décor des tympans d'églises de l'Irlande médiévale, rites sanguinaires à Ribemont-sur-Ancre, etc.
Statue de guerrier debout de Glauberg Tête (Allemagne)
Les Celtes n'ayant laissé que très peu de traces écrites de leur civilisation, celle-ci nous est avant tout connue grâce leur art, largement redécouvert durant la deuxième moitié du XXe siècle.
L'art des Celtes présente une grande diversité selon les époques et les régions considérées. Il n'est pas, non plus, exempt d'influences extérieures : étrusque, grecque, scythique, puis latine, et enfin germanique et chrétienne. Toutefois, quelques caractéristiques majeures le distinguent définitivement de l'art des autres civilisations qui étaient en contact avec l'aire culturelle celtique :